vendredi 1 avril 2011

Nous sommes tous des salonnards frustrés

 Il fut un temps ou  la communication virtuelle me répugna : je croyais  jouir d' un fonds de commerce du réel plus que  prospère ,( j'avais beaucoup investi , me semblait-il): familial , amical , affinitif ",infinitif" ,professionnel ,communautaire, social (les fameux réseaux), ajoutez le  cercle  de quasi inconnus impétrants du premier rang , dédaignés du second choix que mes diarrhées verbales contraignaient au dialogue .Quatre ans de niaiserie ou j'exercai le terrorisme de ma prose. "Qui t'a rendu si vain pour m'agresser, moi ? "traduisai-je , enfin,  au terme de l'initiation (tout le monde n'est pas génie précoce); in fine  je compris que Hieronymus n'était qu'un importun . Parler était une pollution , solliciter la parole une inquisition , exception faite de quelques leurres (les interpellés d'une terrasse de café qui vous confient leurs soucis , leurs conflits , leurs délits , leurs dénis ,leurs amis , généralement ils en ont peu) ;ceux-là sont prets à parler de tout, meme à vous suivre sur les Lumières répliques de l'Humanisme , Aragon et Barres , 2 écrivains de la veine naturaliste , Badiou contre Gauchet  , ils n'y comprennent que goutte mais coute que coute  ils vous retiennent parce que votre bagout retarde leur solitude et son dégout .J'en ai meme rencontré un , très catholique , pret à me suivre à l'office orthodoxe de la rue Daru . Qu'en a conclu Candide ? Vous le savez , il aime parler :" au commencement était le verbe ", il continue à le croire .Toute parole échangée est une reconnaissance d'autrui (truisme de mon innocence) mais avant tout une naissance (et Dieu "dit" et la lumière fut). Vous l'avez compris , c'est le verbe "dire' et le verbe/parole tout court qui m'intéressent et pas la lumière (meme si l'obscurité hivernale m'a beaucoup nui) .Pour que l'autre existe  et moi-meme, il nous faut parler .La psychanalyse en fait ce qu'elle monnaie , mais l'arbre aux palabres africain  , le soubhié mashrékin (2 heures de cafés entre femmes ) les visites de voisinage, les conversations de comptoirs , enfin quoi les échanges du quotidien la remplacent ou la remplacaient aisément (" l'assurance m'a dit , la banque m'a fait , les politiques s'en foutent, les impots veulent, mais aussi j'aime telle chanson ,je kiffe cet acteur, mon mari , ma femme , mes enfants."..) Que de libérations par delà ces banalités si spécifiques ?Ou se trouve désormais l'espace de formulation ? Quasiment nulle part , c'est la grande misère de l'Occident ;féliciter quelqu'un relève de l'impudique , le blamer du juridique .N'y a -t-il plus d'autre instance ?Rassurer , complimenter sont suspicieux , critiquer est facho ou réac ...Monstre manichéen enfanté par la parole avortée.Un discours  au long cours n'est ni blanc ni noir , il est nuancé parce que le temps y prétend , meme si ce n'est que fumée de l'instant .Instant tué par l'interdiction de fumer...
   De retour à Paris , l'art de commercer dans la diversité s'imposa comme un impératif catégorique ;j'optai pour la formule "salon".L'idée mourut de sa propre mort : les ¨Parisiens sont trop affairés meme pour un rendez-vous mensuel". Evidemment , quand on voit  marqué sur un agenda "maman , 15 h , mercredi", on sent qu'on empiète sur un calendrier surchargé.Et puis on n'a pas non plus la manne financière  des Deffand , Lespinasse ou autre Geoffrin, alors on se calme sur les toasts , pizzas,camemberts et saucissons, sans compter les frais de  boissons qu'il faudra boire jusqu'à la lie et l'hallali des débats assassinés . Ou etes-vous Nizar et Luc qui aviez instauré "bar ouvert "2 fois par semaine (Luc lyonnais plutot une  par mois ,Nizar le Libanais 2 voire 3 par semaine) ? Vous aviez modernisé le salon du 18 ème .Vous etes partis et personne ne vous a remplacés.Je me suis abandonnée à la modernité, j'ai bloggé .J'y ai gagné , je fédère les distances géographiques ,je dialogue avec l'Europe , l'Asie et les Amériques (surtout par mails parce que la réponse blog bloque) j'y ai perdu les invectives , les suggestions , les interpellations ,les contradictions,le vif et le vivant  et ma verve de l'instant qui souvent agace mais que le verre et la cigarette des heures discursives nuancent.Je dois maintenant vous avouer le pire : il m'arrive désormais en compagnie impliquante et répliquante de vouloir me retirer pour répondre à quelque courriel et ca me saisit comme une courante .Ca m'effraie : préférer la distance à la proximité .Je suis devenue parisienne et ca me gene .Sans doute désabusée de mes salons ratés ; je ne dois pas etre la seule défaitiste du défi .Quand nous préfèrons  le clavier à une présence incarnée , nous sommes  des salopards attestés ...ou des salonnards frustrés .

9 commentaires:

  1. Il est clair qu’une vraie conversation « dal vivo » est plus agréable qu’une conversation à travers un blog, mais quand on est loin, cela peut être un ersatz. Il est clair aussi que l’aspect technologique peut en décourager certains, surtout que beaucoup ne sont pas nés avec le blog et que même si l’on est à l’aise avec l’ordinateur, quelques désagréments du type « pour des raisons inconnues il n’a pas été possible de publier votre commentaire » sont un peu décourageants, mais , bon, sursum corda...
    Bref, venons en au fait : quand on se lance dans une nouvelle aventure, fût-elle blogistique, il n’est pas certain que la sauce prenne tout de suite. C’est sans doute le même sentiment de frustration que l’on ressent lorsqu’on monte un orchestre et que les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. On se demande pourquoi et on n’a pas toujours la réponse.
    Il est vrai que l’on vit dans un monde pressé, où, à tort à mon avis, les gens ne prennent pas un moment pour souffler et notamment pour faire un commentaire dans un blog. Il est vrai aussi que tu mets la barre assez haut. Je veux dire par là que l’on ne peut pas commenter en deux phrases comme dans la plupart des blogs que j’ai eu l’occasion de visiter : en fait c’est un peu une lettre à l’ancienne, sauf qu’elle peut être lue par plusieurs personnes et je dois dire que, personnellement, il y a bien longtemps que je n’ai pas envoyé une lettre digne de ce nom.
    Comme on dit au Québec, ne lâche pas !! J’attendais de puis le 20 mars un nouveau blog de ta part et allais consulter presque tous les jours pour voir s’il y avait du nouveau.
    L’important, comme aurait dit cette fois Ségolène, c’est la persévéritude.
    Pour conclure, je serai impudique, mais je te félicite.

    Denis

    PS. Mon bureau est un espace fumeur et buveur

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  2. Comme Denis, j'attendais ton nouveau texte chaque jour depuis trop de jours...

    Quelle violence dans ce texte..., c'est mon préféré de tous et ma réponse est très courte mais cette violence me dérange par sa vérité dont on a déjà si souvent parlé dans Ton Salon, tu as vraiment un don d'écriture et de lire notre société avariée... Il faut continuer d'écrire, chaque jour et chaque émotion, moi je dépose parfois un Slam ou un "Pieds nus dans le sablier..." qui n'a de prétention que d'exister...

    Je me répète : ton texte est d'une violence rare et EXTRAIME (à surveiller la Demoiselle Yseult)... Je t'embrasse depuis cet hémisphère sud où j'espère un jour te croiser.

    Je remarque aussi que tu commences à t'exprimer de plus en plus en jouant des mots, en rimant, en posant ta prose désormais comme une poésie, l'ancien élève apprécie beaucoup...

    HASTA +

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  3. PIEDS NUS DANS LE SABLIER (PART IV)

    Félins pour l’autre…
    Pour un sexe sans dessein…
    Le cœur couleur carnaval…
    Les fuites ramènent à soi…
    Ce qui me touche s’effleure…
    La planète est une population polluée…
    L’Amour me quitte, nous sommes loin d’être quittes…
    Tous à table et bonne apathie…
    La vie est une chorégraphie intime…
    Prélude à demain…
    Slam identité…
    Effluves…
    Zouk cœur…
    Aventure Aventurine…

    L’intelligence du cœur…

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  4. Felix le chat a répondu à Hiéronymus par mail, Babylone publie son miel.
    Hiéronymus remercie Babylone grand "manie-tout" de ses bloggeries, si vous les détestez, sachez qu'il n'est qu'un émissaire et pas un bouc.
    Felix le chat : "J'abandonne l'idée ridicule d'un hétéronyme à consonnance du lac de Van : n'est pas déporté à Tadmor qui veut.
    Je déplore comme toi la fin du "salon" : à Reims et à Champfleury, sans la contrainte d'un jour, c'était flacons ouverts à toute heure, sous n'importe quel prétexte, et tout azimuth : les copains Libanais (même là bas il y en avait!), les indigènes, les gens de l'Art Contemporain, les "philosophes à Maïté" (La Cripure de la Raison Tique), des politiques, les déchets de la Fanfare de la Salle de Garde, les copains étudiants 3ème cycle de Sylvie etc : que d'idées brassées, jetées, déconnées, à la volée, grands moments ; vois-tu, ici, le bonheur c'est quand Francoise déboule quand Pierre déballe et nous emballe, quand Sally est là, quand tu viens, quand le Cailar, se lache à 1.80, avec ses multiples visiteurs : la vie.
    Pour autant je ne mésestime pas le courrier de Cirey, il est précieux, et sans doute prélude aux grandes soifs des soirées camargue. Imaginons que le Net n'existe plus : je me flingue? ou je reprends le chemin du Bureau de Poste : mais il n'y règne plus la même odeur de parquet, de chaleur, et d'encre des tampons (où est le bruit des fameux estampages, cadencés et répétés, derrière le grillage du comptoir ? encore un comptoir disparu, on n'en sort pas)
    A ta santé, c'est de saison, Félix le Chat."

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  5. Moi pas connaitre Babylone, moi connaitre uniquement Félix le Chat mais moi apprécier son commentaire... Signé l'élève ! Moi aussi j'ai mes souvenirs du Cailar et... Torrides ! Yseult expliquera à Babylone !
    HASTA +

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  6. PIEDS NUS DAS LE SABLIER (PART V)

    Une partition inachevée au sol…
    Plaisantriste…
    Père perdant, père perdu…
    Aromantique…
    Le cœur en écharpe…
    La récompense de l’erreur…
    Humeur sans guigne…
    Deux flammes ne se croisent jamais…
    Qui paye l’addiction…
    Entre Amour Majuscule et amours pluriels…
    Un anniversaire sans bougies…
    De la prose à la rime, une rive…
    Quand le viol porte le voile…
    Inspirez, conspirez...

    L’ouvre boite pour esprit fermé…

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  7. Je ne connais personne, à part Hieronymus, mais je vois que tous manient le verbe avec une certaine aisance. Je vais donc essayer de me mettre au niveau.
    La Critique de la Raison Tique m'a plu, même si je préfère la Gueuze Lambic, comprenne qui peut... Comme disait Platon, les choses sont belles par leur beauté ( traduction littérale)
    J'espère qu'un jour il sera possible de réunir Hieronymus, Pieds nus dans le Sablier, Babylone ( Félix le Chat?) et moi-même autour d'un verre ( pourqoi un ?): ce sera l'apothéose.

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  8. PIEDS NUS DANS LE SABLIER (PART VI)

    Perfusion sociale…
    Elles émois…
    Avide de sens…
    Marketing love…
    Les 4 P : Patience, Patience, Patience, Patience…
    Le nanti de l’anéantis…
    La lune est mon soleil préféré…
    Conjugue-moi à tous les présents…
    Les rivages font des ravages…
    Rebonds moribonds…
    Ces yeux qui implorent la vie de la laisser partir…
    Du venin dans les veines…
    Le piment manque de sel…
    Qui papillonne s’éparpille…

    Ce qui n’aboutit pas n’existe pas…

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  9. Ed.73 a répondu à Hiéronymus par mail ;
    "Ce qui est surtout le plus regrettable c'est que malgré un accès plus important à la connaissance que devrait nous permettre Internet, c'est la médiocrité qui prend le dessus.
    Mais se plaindre permet rarement d'améliorer une situation. Alors profitons de tous les échanges que nous avons pour passer du "café du commerce" au "commerce des honnêtes gens"!
    Cependant, comme le prouve ce blog, la situation n'est pas si désespérée: ce "salon" virtuel rassemble des personnes prêtes au débat apparemment.
    Enfin, je ne saurai trop vous conseiller de "faire salon" le dimanche matin de 11h00 à 12h00 en écoutant L'Esprit Public sur France-Culture, pour une heure de débat sur l'actualité avec des esprits éclairés. Et en plus ce salon est ouvert toute la semaine; il suffit pour cela de le télécharger à partir du site de FC.
    http://www.franceculture.com/podcast/2627621

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