Quand j'arrivai en terre audonienne (c'est-à-dire au collège de Saint Ouen) , un principal tout aussi exotique que la contrée me prodigua le conseil suivant : "Ne demandez jamais aux élèves de s'excuser ,ces adolescents ont leur fierté ". Perplexité : mes "pardon", "excusez-moi" multiples au quotidien menaceraient ma fierté ? N'y puise-t-on au contraire honneur et honneteté ? Mes tetes brunes , en 4 ans , ont acquiescé et l'ont tous intégré sans se désintégrer .Oublions les pédadingos !
Araxie et Tibère n'eurent pas la chance d'aller au collège . L'une portait un nom de fleuve . En son enfance , le ciel était noir sur l'Euphrate et rouge , l'onde de l'Arax ; l'autre, un prénom d'empereur , sa naissance ne lui légua qu' un royaume d'horreurs . Péprone la bien-nommée (en grec , "celle qui prévoit "," celle qui pressent "), arrivée à Sivas , refusa de marcher , au propre comme au figuré ; et avec d'un imam la bienveillante complicité et quelques pièces d'or ajoutées, la mère sauva sa portée .
Quelle fable suis-je entrain de vous conter? Aucune , puisque ce récit ne contient pas de morale . Il n'y en avait guère d'ailleurs , de morale, en ce début du 20 eme siècle , sur les terres sanglantes d'Asie Mineure . Un ambassadeur américain , des pasteurs suisses ou autrichiens , des missions allemandes la sauvèrent un peu , quand meme . C'est ainsi qu'Araxie apprit des comptines teutones , en l'état turc que l'Ataturk mettait en place.
D'un traité l'autre , de Sèvres à Lausanne , il réussit meme à convertir les défaites ottomanes en victoire . Plus d'Arménie indépendante . Malheur aux vainqueurs (les Arméniens s'étaient alliés aux Alliés ). Alliances proditoires , aliénation de soi assurée par un Occident si peu soucieux de ses chrétiens d'Orient .Je le lui mets sur la conscience mais ne lui demande aucune reconnaissance de "la grande catastrophe". Je n'aime d'ailleurs pas la formulation ambigue de la loi restée en suspens : "La France reconnait le génocide arménien..." Qu'elle aurait commis ? Formulation de félon ,frayeur d'offenser...Foin de cette loi dont je ne veux point et je ne me délecte pas à décompter les pays reconnaissant" le génocide des Ottomans" (expression aussi suspecte que celle que je viens de dénoncer) . On peut toujours jouer sur les mots mais pas sur les maux des autres .
Vous me direz que je reve d'une politique bonne alors que, seules, les bonnes politiques sont efficaces . C'est que je parle en termes d'éthique et pas de tactiques .
Que devinrent Araxie et Tibère ? Eux , gardèrent le moral, vinrent en France et se multiplièrent .Ils évoquèrent parfois leur passé , jamais dans la plainte et la lamentation mais en stupéfiants héros d'une épopée picaresque qui les dépassait . Après tout , ils leur avaient joué un bon tour à ces Turcs , ils étaient vivants et joyeux ; en tapant la belote , en buvant l'apéro , en savourant une clope , ponctuant leurs discours de dictons turcs (en la langue) ou d' anecdotes de Nasreti Hodja .
Et "le capital de la douleur" ? Arretez votre Char , ce n'était pas leur genre ! Sans doute enfoui , tapi en leurs ris nombreux . Sacrée sérotonine , résilience, dirait Boris Cyrulnik .
La haine , la rancoeur , parfois ...Mais plus souvent les souvenirs euphoriques du Bosphore , du pont de Galata , de leur Tokat natal . Des Hrant Dink avant l'heure (journaliste arménien assassiné à Istanbul parce que "sa" ville lui était vitale ). Son journal : "le sillon" formidable instrument de lutte contre l'infame négation , pour passer de la conciliation (un Arménien peut vivre libre à Istanbul) à la réconciliation (les Arméniens doivent avoir un droit de regard sur leurs églises et leurs écoles et le gouvernement turc , un peu d'égard pour ce qu'il devrait considérer comme son patrimoine national et non les traces dégueulasses d'un passé de kéfirs ).
Demain , dans nos joutes d'oeufs colorés , je penserai à vous Araxie et Tibère qui trichiez pour que les votres ne fussent point fracassés . Vous avez bien fait .
Mais en ce jour et presque tous les jours , je pense à tous nos disparus , et je voudrais que sans ruse et sans stratégie , dans un lendemain, sans procrastination , la Turquie nous dise :" Excusez-nous , pardon".
Tu manies tellement bien les maux Yseult. Tu as mille fois raison, malheureusement. Je ne comprends pas le décalage qu'il peut y avoir entre nos droits de l'Homme et leur droit de mort. Nous sommes au XXIe siècle et les promesses de progrès moraux me paraissent toujours aussi loin....
RépondreSupprimerLe Post, 24 avril, une dépêche géorgienne amuse les journalistes : une hacheuse de 75 ans ampute 3 pays de leur connexion Internet. Imaginer Mami Nova revêtir la cape de Lizbet Salander ça excite les inconscients, alors on clique, c’est qui cette mémé qui pirate le web ?
RépondreSupprimerL’aigrefin se nomme Hayastan Shakarian « D'origine arménienne, veuve et mère de trois enfants, c'est une fragile petite dame de 75 ans qui se déplace à pas lents. Fichu sur la tête, pull troué et tongs en plastique sur d'épaisses chaussettes roses ». Elle vit avec sa famille, ils sont 7 et les fins de mois sont dures dans ce petit village boueux d’Ossetie du sud. Pas de télé, pas d’ordinateur, Hayastan s’occupe du jardin et des ruches de son fils.
Les autorités, la presse chacun y va de son commentaire : en cherchant du bois, elle aurait donné un coup de pelle au mauvais endroit, et coupé un câble qui alimentait l’internet de l’Arménie, de l’Azerbaïdjian et de la Géorgie. Autre version, elle aurait tenté de voler les câbles pour les revendre et gagner un peu d’argent.
En googlelisant Hayastan, plein de sites évoquent « the spade haker », la « hackeuse à la pelle »… Sur aucun réellement on n’évoque la misère des géorgiens, la détresse de cette femme qui cherche quelques miettes de cuivre avec sa pelle pour bricoler le quotidien. Elle risque aujourd’hui 3 ans de prison ferme.
Alors moi, je voulais lui dire pardon à Hayastan (son prénom signifie Arménie en arménien).
PS : Je souhaitais féliciter Hieronimus pour cette article qui m’a tout particulièrement touché, quelques goutes de Tibère et d’Araxie coule dans mes veines de parisiennes chanceuses. Je les remercie pour cela.
Il est clair, qu'à part un article du Monde, ce n'est pas un anniversaire commémoré. Tout le monde se sent sans doute un peu coupable. J'essaie de me souvenir si j'ai appris quelque chose sur le génocide dans le cadre de mes cours d'histoire au lycée, mais j'ai bien peur que non...pas plus d'ailleurs que sur ce qui a été appelé longtemps "les événements d'Algérie". La honte y est sans doute pour beaucoup.
RépondreSupprimerJe viens d'écouter une émission de France Inter, l'humeur vagabonde, dans laquelle, pendant les dix dernières minutes (20h50-21h) la génocide a été évoqué: un artiste arménien, dont je n'ai pas entendu le nom, a fait une sorte d'accrochage le 24 avril a Istanbul, sur une grande place, dans laquelle il y avait beaucoup de monde, et selon ses dires, pas seulement des Arméniens, mais tout simplement des démocrates turcs. Serait-ce le début de l'espoir???
RépondreSupprimerCe commentaire a été supprimé par l'auteur.
RépondreSupprimerLA SOMME DES PARDONS...
RépondreSupprimerChère Hieronymus, triptyque célèbre que n’ai pas vu au musée del PRADO et pourtant j’y ai passé des heures…tout comme un autre Hieronimus sans « y » lui, tu touches nos points sensibles et masse notre cortex afin qu’après sa sieste il se découvre une activité de curiosités croisées, le choix de ton pseudo, l’histoire de l’Arménie etc…
Denis a raison, qui se souvient avoir appris le génocide Arménien de 1915 à 1916 ou 17 selon les historiens en cours d’histoire ? Aucun d’entre nous ! D’où ma pauvreté intellectuelle sur le sujet mais en élève de Demoiselle Yseult, j’ai passé tout mon samedi matin argentin dur la toile, merci pour ma culture générale !
Le 27 avril dernier, il y a eu un film reportage sur ARTE, sur le génocide arménien, Pascal ou Olivia devraient te retrouver cela facilement.
Au passage, j’ai « adoré » le récit d’Olivia sur la dépêche Ukrainienne, elle écrit très bien cette petite !
L’Arménie a son livre d’histoire avec un passé gris, sombre obscure, noir, un passage écrit avec des lettres de sang qui n’ont toujours pas coagulées…
Donc mon commentaire de cette partie de l’histoire étant tellement pauvre de références (ou du moins récentes grâce à toi) que je vais dévier un peu sans parler du génocide des Juifs, des Tutsis au Rwanda ou des Amérindiens et profiter juste de ton écriture pour penser et respecter la mémoire des morts de massacres au caractère génocidaire controversé…
Mémoire :
La conquête de l’Algérie
La traite des noirs
La guerre de Vendée
Le génocide Tibétain
La révolution culturelle en chine
Le grand bond en avant de Mao
Le massacre des indiens Mayas en 1982 par le Guatemala
Les massacres du Kampuchéa démocratique au Cambodge
Le massacre de Sabra et Chatila au liban (1982
Le massacre des Kurdes par Saddam Hussein
Massacres en république démocratique du Congo
Les massacres du darfour au Soudan dont tout le monde se fout et tant d’autres…
Je ne parle pas des dictatures terrifiantes qui ont leurs morts, Chili, Argentine, Uruguay, Corée du nord, Iran, Irak… et des rapports d’Amnesty International dont les détails sur les tortures de plus en plus sophistiquées sont une horreur à lire, un vomi de l’humanité ! Bon, je ne voulais pas commenter mais on vit dans un monde de merde !
Finalement, je continue, trop de réactions sur l'épisodes X disant que vous étiez tous des départs sans arivées, phrase qui a bléssé des amis et je le regrette..., mais je regrette pas cette phrase totalement volontaire, au contraire...
RépondreSupprimerPIEDS NUS DANS LE SABLIER (PART XI)
J’ai retourné le sablier et repris le chemin de l’écolier avec le tablier de l’écriture…
Trois minutes pour écrire un œuf à la coq…
Le tamis des amis…
Les dignes vignes ont leurs vents d'anges...
L’encre est mon ancre…
Les travers de mes traversées ont leurs revers et renversées…
La résilience est devenue ma résidence…
J’ai signé pour saigner sans nier…
Lucide Lucifer, peut-on lire en enfer…
Je suis né à l’âge de trois ans…
Idaime…
L’horloge du temps loge les récoltes de l'orge et du blé, l’or d’une minute ou d’un minuit…
Retourner, c’est tourner en rond sans tourner la page et jamais retrouver…
La page blanche n’est qu’appétit d’une écriture franche qui flanche…
Les émotions descendent d’un cœur sans ascension…
Je n'ai rien à dire digne d'intérêt ce soir si ce n'est que notre Hieronymus manque à son propre Blog, il est temps Demoiselle de remettre un peu d'encre dans ton encrier et d'y plonger ta si jolie plume...
RépondreSupprimerTu as 24 H, pas plus !
HASTA +
Justine, Olivia, Karine, Maria, Denis..., vous qui êtes plus près, merci de retourner Hieronymus et de pendre ce pseudo par les pieds pour que la pulpe redescende !
RépondreSupprimerCe commentaire a été supprimé par l'auteur.
RépondreSupprimer