samedi 23 avril 2011

Excusez-moi

                 Quand j'arrivai en terre audonienne (c'est-à-dire au collège de Saint Ouen) , un principal tout aussi exotique que la contrée me prodigua le conseil suivant : "Ne demandez jamais aux élèves de s'excuser ,ces adolescents ont leur fierté ". Perplexité : mes "pardon", "excusez-moi" multiples au quotidien menaceraient ma fierté ? N'y puise-t-on au contraire  honneur et honneteté ? Mes tetes brunes , en 4 ans , ont acquiescé et  l'ont tous intégré sans se désintégrer .Oublions les pédadingos !

    Araxie et Tibère n'eurent pas la chance d'aller au collège . L'une portait un nom de fleuve . En son enfance , le ciel était noir sur l'Euphrate et rouge , l'onde de l'Arax ; l'autre, un prénom d'empereur , sa naissance ne lui légua qu' un royaume d'horreurs . Péprone la bien-nommée (en grec , "celle qui prévoit "," celle qui pressent "), arrivée à Sivas ,  refusa de marcher , au propre comme au figuré ; et avec d'un imam  la bienveillante complicité et quelques pièces d'or ajoutées, la mère sauva sa portée .

Quelle fable suis-je entrain de vous conter? Aucune , puisque ce récit ne contient pas de morale . Il n'y en avait guère d'ailleurs , de morale, en ce début du 20 eme siècle , sur les terres sanglantes d'Asie Mineure . Un ambassadeur américain , des pasteurs suisses ou autrichiens , des missions allemandes la sauvèrent un peu , quand meme . C'est ainsi qu'Araxie apprit des comptines teutones , en l'état turc que l'Ataturk mettait en place.
D'un traité l'autre , de Sèvres à Lausanne , il réussit meme à convertir les défaites ottomanes en victoire . Plus d'Arménie indépendante . Malheur aux vainqueurs (les Arméniens s'étaient alliés aux Alliés ). Alliances proditoires , aliénation de soi assurée par un Occident si peu soucieux de ses chrétiens d'Orient .Je le lui mets sur la conscience mais ne lui demande aucune reconnaissance de "la grande catastrophe". Je n'aime d'ailleurs pas la formulation ambigue de la loi restée en suspens : "La France reconnait le génocide arménien..." Qu'elle aurait commis ? Formulation de félon ,frayeur d'offenser...Foin de cette loi dont je ne veux point et je ne me délecte pas à décompter les pays reconnaissant" le génocide des Ottomans" (expression aussi suspecte que celle que je viens de dénoncer) . On peut toujours jouer sur les mots mais pas sur les maux des autres .

Vous me direz que je reve d'une politique bonne alors que, seules, les bonnes politiques sont efficaces . C'est que je parle en termes d'éthique et pas de tactiques .

Que devinrent Araxie et Tibère ? Eux , gardèrent le moral, vinrent en France et se multiplièrent .Ils évoquèrent parfois leur passé , jamais dans la plainte et la lamentation mais en stupéfiants héros d'une épopée picaresque qui les dépassait . Après tout , ils leur avaient joué un bon tour à ces Turcs , ils étaient vivants et joyeux ; en tapant la belote , en buvant l'apéro , en savourant une clope , ponctuant leurs discours de dictons turcs (en la langue) ou d' anecdotes de Nasreti Hodja .
Et "le capital de la douleur" ? Arretez votre Char , ce n'était pas leur genre ! Sans doute enfoui , tapi en leurs ris nombreux . Sacrée sérotonine , résilience, dirait Boris Cyrulnik .
La haine , la rancoeur  , parfois ...Mais plus souvent les souvenirs euphoriques du Bosphore , du pont de Galata , de leur Tokat natal . Des Hrant Dink avant l'heure (journaliste arménien assassiné à Istanbul parce que "sa" ville lui était vitale ). Son journal : "le sillon" formidable instrument de lutte contre l'infame négation , pour passer de la conciliation (un Arménien peut vivre libre à Istanbul) à la réconciliation (les Arméniens doivent avoir un droit de regard sur leurs églises et leurs écoles et le gouvernement turc , un peu d'égard pour ce qu'il devrait considérer comme son patrimoine national et non les traces  dégueulasses d'un passé de kéfirs ).

Demain , dans nos joutes d'oeufs colorés , je penserai à vous Araxie et Tibère qui trichiez pour que les votres ne fussent point fracassés . Vous avez bien fait .

Mais en ce jour et presque tous les jours , je pense à tous nos disparus , et je voudrais que sans ruse et sans stratégie , dans un lendemain, sans procrastination , la Turquie nous dise :" Excusez-nous , pardon".

mercredi 20 avril 2011

Additif

Les vers suivants n'ont pu etre publiés par Félix qui avait d'autres soucis ;je lui rends justice .



             Crains du caniche le sombre aboiement,
                                Bruxelles unique objet de ton ressentiment,
                                    Tâches ménagères nouvelles étaïres,
          comme Totor:j'ai rime à dette,allons-y et jetons notre ire,
                                 Bêlitre d'obélisque ,sinistre fanfaron de Panthéon,
                              Bétises invertébrées pour chantre d'orphéons,
                                              le Chat miaule
                                           au dessus de ma piaule.
Seule la chute est grande,tout le reste est faiblesse,et par les Dieux,gare à nos fesses!

                          Opus second:
  
"Archipel englouti de contrevérités,
D'un coup d'aspirateur elle refait surface,
Dans une quête éperdue de se faire admirer,
insoutenable légèreté qui ne laisse de trace."
         


                         Opus n 3 en domineur

Dila dirla da da,
Pousse la banane et mouds le café,
Le cheval de Troie il est rentré
Y a plus de livres dans la Cité
La belle hélène elle est niquée
Mange ta poire et passe moi le thé.


A la Omar Khayam :


"Sunt lacrimae rerum",
Chantait Oum Kalsoum,
Qui en fatma délicate
Mangeait ses vieilles savates.
Hugh!j'ai dit.
 
            Merci à Felix/Jean- Claude ,  sa veine parnassienne émeut toutes les ames . Denis ,spécialiste du genre manièriste , délecte-toi et vous tous savourez la quintessence de l'hexametre dactylique.
 
             Je reviens plus sérieusement vers vous , dès que possible .
 





     

samedi 9 avril 2011

Ecritures

D'aucuns s'étonnent des commentaires de "pieds nus dans le sablier" .Ils le trouvent intrusif et sans rapport avec le sujet hebdomadaire (enfin presque) .Primo , je leur répondrai qu'à lui seul , il a honoré le printemps de la poèsie que je comptais nous faire célébrer si mon clavier n'avait  pas été cloué par la maladie .Je leur dirai aussi qu'il met en mots nos maux universels .J'ajouterai encore que sa parole est du vif-argent (non je ne me mélange ni les pinceaux ni les métaux) parce qu'elle véhicule du vivant . Et pour les investisseurs , sachez qu'il nous offre la primeur de ses vers;des incunables , des impubliables comme les oeuvres de Proust ou de Céline d'abord dédaignés puis rachetés par Gallimard ! Mais ce qui confère un valeur aurifère à ses paroles , c'est qu'il essaie "de  transformer sa (notre?) boue en or "sans complexe , sans censure ,sans vanité et encore moins malhonneteté . Ses écrits poussent le cri de" nos vols qui n'ont pas fui" .Et enfin , il m'aide à faire le point sur le mètre- étalon requis pour commenter le blog ; il n'y en a aucun .Arretez de me dire que je "place la barre trop haut" ou de ne voir que la prof , quand je rentre, je me défroque et" qu'importe le flacon pourvu qu'on est l'ivresse "! Laquelle ? Celle de l'échange qui sur un blog n'est ni électif ni sélectif .Comment faut-il le dire ?
Allez , relevez le défi de publier un vers , un distique , un tercet, un quatrain ,un refrain , un pastiche , une parodie ...d'un poète ou chanteur qui vous botte .Intéret ?Pour moi zéro, je ne cherche ni la gloire ni la célébrité du blog de Paris Hilton mais derrière vos pseudos , vous révélerez un peu de vous-memes et ferez connaissance les uns les autres .Si je vous ai fédérés , dans mes adresses blog , il y a bien une raison ; à vous de découvrir et de vous découvrir( un peu)  . Certes , cet espace a été proclamé fumeur et buveur mais pas streap-teaseur .
J'ouvre le bal , "tu vois , ce soir c'est moi qui fais le premier pas " (du Julio Iglesias torride) . Faites le second ...

vendredi 1 avril 2011

Nous sommes tous des salonnards frustrés

 Il fut un temps ou  la communication virtuelle me répugna : je croyais  jouir d' un fonds de commerce du réel plus que  prospère ,( j'avais beaucoup investi , me semblait-il): familial , amical , affinitif ",infinitif" ,professionnel ,communautaire, social (les fameux réseaux), ajoutez le  cercle  de quasi inconnus impétrants du premier rang , dédaignés du second choix que mes diarrhées verbales contraignaient au dialogue .Quatre ans de niaiserie ou j'exercai le terrorisme de ma prose. "Qui t'a rendu si vain pour m'agresser, moi ? "traduisai-je , enfin,  au terme de l'initiation (tout le monde n'est pas génie précoce); in fine  je compris que Hieronymus n'était qu'un importun . Parler était une pollution , solliciter la parole une inquisition , exception faite de quelques leurres (les interpellés d'une terrasse de café qui vous confient leurs soucis , leurs conflits , leurs délits , leurs dénis ,leurs amis , généralement ils en ont peu) ;ceux-là sont prets à parler de tout, meme à vous suivre sur les Lumières répliques de l'Humanisme , Aragon et Barres , 2 écrivains de la veine naturaliste , Badiou contre Gauchet  , ils n'y comprennent que goutte mais coute que coute  ils vous retiennent parce que votre bagout retarde leur solitude et son dégout .J'en ai meme rencontré un , très catholique , pret à me suivre à l'office orthodoxe de la rue Daru . Qu'en a conclu Candide ? Vous le savez , il aime parler :" au commencement était le verbe ", il continue à le croire .Toute parole échangée est une reconnaissance d'autrui (truisme de mon innocence) mais avant tout une naissance (et Dieu "dit" et la lumière fut). Vous l'avez compris , c'est le verbe "dire' et le verbe/parole tout court qui m'intéressent et pas la lumière (meme si l'obscurité hivernale m'a beaucoup nui) .Pour que l'autre existe  et moi-meme, il nous faut parler .La psychanalyse en fait ce qu'elle monnaie , mais l'arbre aux palabres africain  , le soubhié mashrékin (2 heures de cafés entre femmes ) les visites de voisinage, les conversations de comptoirs , enfin quoi les échanges du quotidien la remplacent ou la remplacaient aisément (" l'assurance m'a dit , la banque m'a fait , les politiques s'en foutent, les impots veulent, mais aussi j'aime telle chanson ,je kiffe cet acteur, mon mari , ma femme , mes enfants."..) Que de libérations par delà ces banalités si spécifiques ?Ou se trouve désormais l'espace de formulation ? Quasiment nulle part , c'est la grande misère de l'Occident ;féliciter quelqu'un relève de l'impudique , le blamer du juridique .N'y a -t-il plus d'autre instance ?Rassurer , complimenter sont suspicieux , critiquer est facho ou réac ...Monstre manichéen enfanté par la parole avortée.Un discours  au long cours n'est ni blanc ni noir , il est nuancé parce que le temps y prétend , meme si ce n'est que fumée de l'instant .Instant tué par l'interdiction de fumer...
   De retour à Paris , l'art de commercer dans la diversité s'imposa comme un impératif catégorique ;j'optai pour la formule "salon".L'idée mourut de sa propre mort : les ¨Parisiens sont trop affairés meme pour un rendez-vous mensuel". Evidemment , quand on voit  marqué sur un agenda "maman , 15 h , mercredi", on sent qu'on empiète sur un calendrier surchargé.Et puis on n'a pas non plus la manne financière  des Deffand , Lespinasse ou autre Geoffrin, alors on se calme sur les toasts , pizzas,camemberts et saucissons, sans compter les frais de  boissons qu'il faudra boire jusqu'à la lie et l'hallali des débats assassinés . Ou etes-vous Nizar et Luc qui aviez instauré "bar ouvert "2 fois par semaine (Luc lyonnais plutot une  par mois ,Nizar le Libanais 2 voire 3 par semaine) ? Vous aviez modernisé le salon du 18 ème .Vous etes partis et personne ne vous a remplacés.Je me suis abandonnée à la modernité, j'ai bloggé .J'y ai gagné , je fédère les distances géographiques ,je dialogue avec l'Europe , l'Asie et les Amériques (surtout par mails parce que la réponse blog bloque) j'y ai perdu les invectives , les suggestions , les interpellations ,les contradictions,le vif et le vivant  et ma verve de l'instant qui souvent agace mais que le verre et la cigarette des heures discursives nuancent.Je dois maintenant vous avouer le pire : il m'arrive désormais en compagnie impliquante et répliquante de vouloir me retirer pour répondre à quelque courriel et ca me saisit comme une courante .Ca m'effraie : préférer la distance à la proximité .Je suis devenue parisienne et ca me gene .Sans doute désabusée de mes salons ratés ; je ne dois pas etre la seule défaitiste du défi .Quand nous préfèrons  le clavier à une présence incarnée , nous sommes  des salopards attestés ...ou des salonnards frustrés .